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Voici No. 886 / Du 1er au 7 novembre 2004
Traumatisée à l'âge de 5 ans
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Mylène Farmer
Le livre qui dévoile ses secrets
Mylène Farmer
C'était donc ça...
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Depuis son bain forcé dans du jus de tomate, la chanteuse a gardé une étrange fascination pour la couleur écarlate...
Tel le petit chaperon rouge, dans la forêt canadienne, la jeune Mylène a fait une effroyable rencontre. Le grand méchant loup ? Pire, un putois !
Un putois qui la souille, une baignoire emplie de jus de tomate... Il n'en fallait pas plus pour que la fillette soit bouleversée à jamais.
"Je n'ai quasiment pas de souvenirs d'enfance. Jusqu'à l'âge de 10 ans, c'est le trou noir. Un gouffre." Jusqu'ici, on ne savait rien de l'enfance de Mylène Farmer. Rien de ses blessures qui n'avaient jamais cicatrisé et qui suintaient dans ses chansons. Dans les interviews, elle restait désespérément muette. Et même si les livres abondent sur la star, aucun n'avait encore dévoilé ces instants qui font parfois vaciller toute une existence. Et voilà que Bernard Violet, le spécialiste des biographies explosives, s'est mêlé de l'affaire, poussant l'investigation dans des zones où personne ne s'était encore aventuré. Son livre, à paraître le 3 novembre, porte un éclairage inédit sur l'univers tourmenté de la plus secrète de nos chanteuses. En interrogeant des proches, dont la propre mère de Mylène ainsi que sa sur aînée, l'auteur a mis en lumière un épisode qui aurait pu à jamais rester dans l'ombre.
Pour comprendre d'où lui vient son goût pour le morbide, il faut remonter à ce traumatisme survenu en 1966. Mylène a alors 5 ans...
Pierrefonds, Québec, années 60. Une fillette brune grandit au milieu des érables, environnée de grands espaces neigeux. Sauvage et rieuse, elle adore les animaux. Un matin, elle approche d'un peu trop près un putois : une odeur pestilentielle se répand sur elle. Un incident apparemment anodin, qui va pourtant changer le cours de sa vie. Quand elle arrive à l'école, ses petits camarades la montrent du doigt en se moquant d'elle. Mylène se sent rejetée, humiliée. A tel point qu'elle décide de rentrer chez elle, non en autocar, mais à pied - malgré les six kilomètres qui séparent l'école de son domicile. Heureusement, ses parents la retrouvent, alors qu'elle s'est perdue dans les bois. Mais ce n'est pas tout : Mylène empeste toujours. Et sa mère décide de lui faire prendre un bain très spécial. Elle verse dans la baignoire du jus de tomate dont l'acidité, pense-t-elle, absorbera l'odeur nauséabonde. La fillette se glisse dans ce liquide rouge, saisie d'effroi. Comme si elle baignait dans son propre sang. Un incident qui va s'imprimer dans sa mémoire comme une trace indélébile, un traumatisme. En grandissant, quand toute la famille aura rejoint la région parisienne, Mylène va cultiver une étonnante fascination pour la mort. Jusqu'à écrire à sa grand-mère pour la supplier de l'accompagner en promenade au cimetière...
Ce que nous souhaitons occulter, oublier, finit toujours par refaire surface - telle est l'une des leçons de la psychanalyse. Comment ne pas voir, a posteriori, dans l'uvre de la star des expressions de ce souvenir enfoui ? Dès ses débuts comme chanteuse, le thème de la mort est omniprésent. Des cimetières fleurissent dans ses clips (Plus grandir, Regrets). Partout, abondent les séquences d'humiliation (Sans contrefaçon, Désenchantée, L'Ame-Stram-Gram). Enfin, le sang est un thème obsédant (Tristana, Pourvu qu'elles soient douces, Beyond my Control), jusqu'à atteindre une forme de paroxysme avec la vidéo de Je te rends ton amour : dans les derniers plans, Mylène se retrouve nue dans une énorme flaque de sang, comme si elle rejouait le cauchemar de son enfance. Des images tellement choquantes que le clip fut censuré à sa sortie, en 1999.
On la disait névrosée, "pychotique" selon les propres termes de Laurent Boutonnat lorsqu'il présente son égérie à la télévision dans les années 80. Mylène Farmer était simplement hantée par un souvenir violent. Tellement violent qu'elle l'aura peut-être refoulé dans son inconscient. En révélant la clé du mystère, le livre n'enlève rien au mythe. Au contraire, il lui donne une résonance plus émouvante encore.
Hugues Royer
Pulsions masochistes, attrait pour l'hémoglobine... elle ne disait rien, mais ses clips parlaient pour elle.
Une lapidation publique
1991 Désenchantée
Dans ce clip, Mylène est agressée à coups de boules de neige. Rejetée par les autres, comme ce maudit jour de son enfance...
Un baiser au goût de mort
1992 Beyond my Control
Les images de Beyond my Control expriment une réelle fascination pour la mort, qui remonte sans doute à cet épisode, survenu à 5 ans.
Un bain sang pour sang glauque
1999 Je te rends ton amour
A sa sortie, cette vidéo fut censurée, tant la scène finale était insoutenable. Mylène a-t-elle recréé le souvenir traumatique qu'elle avait refoulé ?
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Le spécialiste des biographies qui dérangent Né en 1949, ancien reporter à TF1, Bernard Violet s'est spécialisé, depuis une quinzaine d'années, dans les biographies de people. Parfois, il obtient la collaboration de ses sujets (Johnny, l'abbé Pierre), parfois il ne récolte que la tempête (Cousteau, Delon, Farmer). Investigateur exigeant, il n'a pas peur de fouiller les zones d'ombre. C'est aussi un expert dans l'art de faire parler de lui. Bientôt, ce sont PPDA et Gérard Depardieu qui vont en faire les frais... |
Le témoignage de l'auteur, Bernard Violet
"Je pense avoir percé le vrai-faux mystère Farmer"
Voici Après Delon et l'abbé Pierre, vous changez de registre. Pourquoi vous intéresser à Mylène Farmer* ?
Bernard Violet Je m'intéresse à des personnages publics qui ont su se forger un destin extraordinaire. Ecrire une biographie, ce n'est pas livrer en pâture une succession uniforme de détails intimes mais chercher, par le témoignage et l'enquête, à faire comprendre sans complaisance, sans démagogie et sans tabou - avec Mylène Farmer, c'est bien le moins - à qui l'on a affaire. Par ailleurs, que l'on aime ou non, on doit admettre que Farmer s'est imposée comme l'une des rares artistes emblématiques de la variété française.
Est-il exact que vous ayez subi des pressions de la part de la chanteuse pour supprimer certains passages, voire empêcher la publication du livre ?
Au commencement de mes recherches, Mylène Farmer et Laurent Boutonnat ont accueilli l'initiative par une fin de non-recevoir polie transmise par leur manager Thierry Suc. Cela ne m'a pas empêché de relancer la chanteuse à deux reprises par courrier. Et de recevoir en retour deux télécopies suivies de deux lettres recommandées dont je fais d'ailleurs état dans mon ouvrage.
Comment avez-vous réussi à obtenir le témoignage de proches de la chanteuse, dont sa mère, alors même que la star ne cautionne pas votre démarche ?
La chance fut de mon côté, en même temps que beaucoup de travail réalisé avec méthode et rigueur. Malgré l'omerta imposée à son entourage et à ses collaborateurs, j'ai pu interviewer certains témoins privilégiés que je qualifie d'esprits indépendants. Pour l'anecdote, je peux vous préciser que c'est Farmer elle-même qui m'a indirectement fourni l'adresse personnelle de sa mère...
Qu'est-ce qui, selon vous, justifie l'attitude agressive de Mylène Farmer à l'égard de votre livre ?
La chanteuse craint peut-être de voir révéler des secrets «inavouables». Mais elle n'est pas la première. Cousteau et Delon avaient aussi réagi de cette façon : des personnages publics qui veulent tout contrôler, leur image et les mots qu'on écrit sur eux. Une attitude digne d'une république bananière. Cela ne fut pas le cas en revanche avec Johnny et l'abbé Pierre qui ont merveilleusement et intelligemment coopéré à mon travail. A leur plus grande satisfaction.
La version non expurgée du livre contient-elle des informations préjudiciables à la chanteuse ?
A une exception près, l'avocat de mon éditeur n'a demandé aucune coupe sur le fond. Il a en revanche suggéré quelques reformulations.
Etes-vous certain d'avoir mis au jour, grâce à l'évocation de certains souvenirs d'enfance, la clé du mystère Farmer ?
Je pense en effet avoir percé le vrai-faux mystère Farmer à travers un drame propre à l'enfance. Probablement le pivot central psychotique de toute sa vie. Et dont les symboles figurent sur la couverture du livre.
Comment expliquez-vous la colère des fans à votre égard ?
Les fans sont adorables mais gobent toutes les rumeurs - fausses bien entendu - que certaines personnes s'amusent - ou ont intérêt - à faire circuler sur les sites et autres forums «farmériens». Voilà quinze jours que certains activistes de ces forums ont décidé par exemple d'inonder de SMS peu favorables à mon endroit l'émission de Fogiel à laquelle je dois participer le dimanche 7 novembre. D'autres, plus sincères, veulent tout savoir sur leur icône, et en même temps craignent que j'abîme leur rêve. Mais qu'est-ce qui vaut mieux : la légende ou la vérité ? Cela étant, je pense que les éléments nouveaux contenus dans ma biographie permettront une meilleure compréhension des arrières-plans des créations de la chanteuse et rendront le personnage encore plus attachant.
Propos recueillis par H.R.
*Mylène Farmer, Fayard, 306 pages, 19 €.
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