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vsd No.1419 / Du 4 au 9 novembre 2004


LE LIVRE QUI LÈVE LE VOILE

Mylène

FARMER

MISE

À NU


     

Révélations sur son enfance, ses traumatismes,

son univers, ses caprices, Alizée...

Morceaux choisis du livre qui la dérange

MYLÈNE

FARMER

LA FACE CACHÉE DU MYTHE

Elle est considérée comme une des artistes les plus mystérieuses de la scène française. Jugée tour à tour sulfureuse, ambiguë, morbide et distante, qui est vraiment Mylène Gautier, dite Farmer ? Le biographe Bernard Violet a pour la première fois enquêté outre-Atlantique, où la star a vécu une partie de son enfance. Son livre explore les sources d'une icône. Extraits.


ELLE SOIGNE SON RETOUR

Après vingt ans d'une carrière sans fausse note et farouchement protégée, la star sortirait un album dans le courant de l'année prochaine et préparerait un retour au cinéma - après le désastre de "Giorgino".



SES PARENTS. Devant leur maison au Québec, Marguerite, sa mère, 39 ans, ancienne secrétaire. Son père, Max Gautier, un ingénieur des ponts et chaussées, est décédé en 1986.

SA MAÎTRESSE D'ÉCOLE. Yolande Lebercque (ici en 1966) raconte, pour la première fois, ses souvenirs.

GRAINE DE STAR. Mylène, 6 ans, s'amuse avec ses petits voisins canadiens, les Dufresne. À gauche de la future artiste, sa sœur aînée, Brigitte.


UNE ENFANCE SANS HISTOIRE

Après avoir quitté le Québec, la jeune Mylène, 11 ans, ici avec son frère cadet Michel, grandit au domaine de la Ronce, à Ville-d'Avray. Mais préfère déjà les cimetières aux poupées Barbie. C'est sa grand-mère paternelle, Jeanne, qui programme alors les visites funéraires.

UNE ADOLESCENCE À CHAVILLE. Douée en lettres, Mylène, ici à 14 ans, demeure hermétique à l'école. Timide, elle fuit les boums et les garçons.


"C'était une petite fille pas très haute, toujours très tranquille, effacée, un peu timide", selon sa première institutrice

Mylène Farmer, une biographie1 : ce nouvel ouvrage cherche à tracer les contours et à révéler les non-dits d'une carrière hors norme. L'accouchement du livre est sans douleur, mais non sans heurts avec LA Farmer... Au mois d'août dernier, la chanteuse a pris sa plume pour menacer Bernard Violet de représailles. Craignait-elle que le vrai-faux mystère Farmer soit percé à jour ? Contrairement à d'autres croniques frisant l'hagiographie, l'enquête menée par Bernard Violet se veut exhaustive et sans concession. Le journaliste est le premier à s'être rendu outre-Atlantique revisiter, au propre comme au figuré, l'enfance canadienne de la future «Libertine». Et le seul à avoir recueilli le témoignage de maman Farmer, Marguerite, 76 ans. Morceaux choisis.

MYLÈNE GAUTIER ET SA MAÎTRESSE

Aujourd'hui âgée de 60 ans, Yolande fut, jeune femme aux longs cheveux roux, la maîtresse de l'élève Gautier. Elle me reçoit dans son appartement de la banlieue ouest de Montréal. C'est la première fois qu'on vient solliciter son témoignage. Deux entretiens au cours desquels elle va évoquer avec tendresse le souvenir de Mylène : «Je m'en souviens d'autant mieux qu'elle fut l'une de mes premières élèves. Une petite fille pas très grande, mais toujours très tranquille, effacée, un peu timide. Ma classe se trouvait alors dans la petite maison du bord de l'eau, un lieu magique pour les enfants, où tout avait été conçu à leur taille. [...] La classe de Mylène se trouvait en entrant à gauche, près des toilettes. C'est là que je lui ai appris à lire et à compter. C'était une bonne élève, studieuse et appliquée. Elle me parlait avec l'accent de chez nous. Il faut dire que tous ses petits camarades étaient des Québécois pur sucre.»

TRAUMATISME

Elle ne prisait guère «les choses collectives». Est-ce pour ce motif que la fillette décide de rentrer chez elle par ses propres moyens ? Du tout. Ce coup de tête est lié à un petit drame propre à l'enfance. Écoutons le récit de Yolande Lebercque : «Ce matin-là, Mylène est arrivée en classe en traînant derrière elle une odeur pestilentielle. Je n'y ai pas d'emblée prêté attention, jusqu'au moment où deux ou trois petits m'ont répété : "Ça sent drôle, Madame !" Très vite, ils ont compris que l'odeur bizarre émanait de Mylène, qu'ils ont commencé à taquiner : "C'est toi qui pues !" Effectivement, en m'approchant de la petite Gautier, j'ai compris de quoi il retournait, mais j'étais en même temps très gênée pour elle. J'ai dit aux enfants : "Mais non, cela ne sent rien, vous vous trompez." Mylène était très mal à l'aise. La journée a fini quand même par s'écouler. Mais, le lendemain, j'ai reçu la visite de sa maman. Elle m'a expliqué comment, la veille, elle avait surpris dans son garage une mouffette - un putois de chez nous, qui ressemble à un gros chat noir. Ce mammifère particulier est capable de projeter, grâce à ses glandes anales, un liquide nauséabond en direction de son agresseur. L'odeur qui se répand à ce moment-là est franchement abominable et il ne reste plus qu'à désinfecter complètement la maison.»2 L'affaire en serait restée là si Mylène, par peur de subir de nouveaux quolibets, n'avait décidé de s'en retourner à pied à la maison, distante tout de même d'une demi-douzaine de kilomètres ! [...] «Sur mes conseils, Marguerite (sa mère) l'a baignée dans du jus de tomate, seul moyen de supprimer l'odeur pestilentielle. [...]» Un bain de jus de tomate ? La recette a fait ses preuves. Il est aussi efficace et bien moins nocif que les ablutions d'eau de Javel ou de chlore en solution, recommandées par les médecins. Mais cette salvatrice immersion dans un liquide âcre, visqueux, couleur écarlate, fut-elle vraiment du goût de la petite Mylène ? On peut en douter. Plus loin, est-ce cette réminiscence qu'elle retransposera dans deux de ses futurs clips : Je te rends ton amour dans lequel la chanteuse apparaît nue recouverte de sang, et Beyond My Control où Farmer s'échappe d'un flot d'hémoglobine ? C'est probablement le pivot psychotique de toute sa vie, avance Steve Abadie de Villeneuve3 qui m'explique : «À partir de cette scène quasi mystique interviennent en effet le rapport à la mère, l'enfantement, la naissance, l'expulsion mortifère du placenta.»

C'est la chanson de Sylvie Vartan, "Comme un garçon", qui lui inspire son tube "Sans contrefaçon"

CONFECTION D'UN TUBE

Une amie photographe n'est pas au bout de ses surprises. Lors de leurs virées en voiture dans le pays varois, Elsa a pris l'habitude de faire écouter à sa passagère ses chanteurs préférés : Marie Laforêt ; Nino Ferrer et son tube du moment, Les Cornichons, sur lequel les deux filles «s'éclatent comme des folles» ; Sylvie Vartan, surtout son idole. Comme un garçon, assure-t-elle, a bercé son enfance. Sur ces entrefaites, Mylène lui confie qu'une de ses prochaines chansons s'intitulera précisément : Sans contrefaçon, je suis un garçon. Le texte, certes, n'est pas encore totalement au point, mais cela ne saurait tarder. Et Mylène de lui lancer sous forme de défi : «Tu vas voir comment on écrit une chanson !» Voyons, en effet : après s'être entourées de plusieurs dictionnaires de synonymes, les deux amies s'installent confortablement au bord de leur piscine : «On a commencé à faire rimer les mots, et ça s'est enchaîné très vite ; le soir même, Laurent s'installait devant son synthétiseur et, en quelques minutes, a composé l'accroche musicale. En une demi-heure, on avait créé son prochain tube ! » [...]

ÉMOTION DE STAR

En décembre, au Palais omnisports de Bercy, Farmer offre [...] deux ultimes récitals, apothéose de sa tournée marathon. Défi de taille : Mylène est en effet la première artiste française à essuyer les plâtres de cette immense salle. Un challenge propre à séduire la chanteuse aussi bien que son infatigable manager [Bertrand Le Page] : «Mylène appelle un jour Le Page. Elle veut qu'un taxi les emmène remonter les Champs-Élysées pour contempler les colonnes Morris sur lesquelles s'étalent les affiches du spectacle. Cela avait coûté 100 000 francs pour la nuit. Ils sont passés devant toutes les colonnes en limousine noire. Un moment, Bertrand, satisfait, s'est tourné vers Mylène en constatant : "Mon nom apparaît en plus gros que celui de Boutonnat !" Mylène a beaucoup ri.» [...]

Ce triomphe [tournée 1989-1990, NDLR], Farmer et son équipe ont l'intention de le fêter comme il se doit, c'est-à-dire au restaurant Le Lido, sur la plage du Mourillon [...] Mais, vers 4 heures du matin, le regard de Mylène se voile : elle vient de découvrir la présence de deux tourteaux et de quelques étrilles dans le vivier de l'établissement. Ce spectacle lui déchire tellement le cœur qu'elle en appelle à la compassion de Jean-Claude et Bert, les propriétaires du Lido, pour leur suggérer aimablement de libérer les crustacés. «Pour moi, c'est un symbole !» Les deux associés ne peuvent que s'incliner. «Et l'on a vu Mylène Farmer, suivie par ses musiciens, ses choristes, ses danseurs, ses électriciens, ses régisseurs et les quelques dizaines de fans qui l'attendaient sur la plage, se diriger vers la mer avec tout le contenu du vivier, lequel sera déposé le plus au large possible», se souvient un témoin présent.

DES PARADIS ARTIFICIELS

Soixante-dix concerts, des milliers de kilomètres, la tournée se révèle particulièrement éprouvante pour l'artiste et son entourage. On frôle parfois même la catastrophe. Tel jour, des gendarmes interpellent Le Page qui vient d'engager sa Mercedes dans le mauvais sens sur une bretelle d'autoroute. Plus de peur que de mal : les pandores passent l'éponge. Un autre jour, le manager redresse de justesse alors que son véhicule vient d'accrocher un talus ; Farmer est alors folle de rage : «Si tu veux te suicider, fais-le sans nous !»4 Moment d'inattention dû à une trop grande fatigue ? Somnolence soudaine ? Probablement les deux, suggère l'un des anciens amis du manager. Selon lui, qui partagea durant plusieurs années la vie de patachon très «show-biz» de ce milieu, Bertrand pouvait boire «trois ou quatre bouteilles de champagne chaque soir» et avaler quelques cachets pour l'aider ensuite à dormir. «Quelques heures seulement, car il se levait très tôt, le matin, comme si de rien n'était. Il déployait vraiment l'énergie du désespoir.»

Mylène aurait-elle connu elle aussi des moments de faiblesse ? Devant mon scepticisme, mon interlocuteur me rappelle les récentes confidences de l'ancien ami de la chanteuse, le photographe Christophe Mourthé. Ce dernier a laissé entendre au magazine VSD que certaines soirées en compagnie de Bertrand et de Mylène «étaient largement arrosées de Dom Pérignon et d'autres choses»5. «Substances illicites» comme disent les services spécialisés ? Mourthé n'est pas le premier à en parler. [...] Compte tenu de tels précédents, le mieux était, comme tout bon auteur d'investigation, de poser franchement la question à l'intéressée. Je l'ai fait par courrier en août 2004. La réponse n'a pas tardé : Mylène Farmer y affirme à son tour par écrit que les faits rapportés étaient «parfaitement diffamatoires»6 et que l'allégation dont je faisais état devait être considérée comme «insultante» à son égard [Pour preuve, elle a assigné VSD et Christophe Mourthé, NDLR].

"Je lui tends une première photo. Nul n'ose parler. Puis elle dit doucement : « Non » et déchire la photo. Elle le refera une quinzaine de fois"

Jean-Marie Périer


SON PREMIER MANAGER SE SUICIDE

Le magazine Elle [Farmer en fait la une, NDLR] est déjà dans les kiosques depuis plusieurs jours quand Farmer apprend la terrible nouvelle : Bertrand Le Page a mis fin à ses jours à l'âge de 46 ans. Comme la plupart des proches de l'ex-manager, la chanteuse l'a appris par le carnet des décès de Libération du vendredi 9 avril 1999. Rédigée par un ami journaliste de Le Page, l'annonce débute et se termine ainsi : «Votre route a peut-être un jour croisé la sienne... Merci d'avoir une pensée pour lui et pour ceux qui l'ont aimé.»7 [...]

Chaque nouvelle production farmérienne était reçue par [Le Page] comme une souffrance supplémentaire. [Un ami raconte :] «Un jour de l'année 1996 [Après la rupture entre la chanteuse et son manager, NDLR], je l'ai vu s'effondrer en larmes au vu de l'affiche du concert de Bercy. Puis il s'est repris : "Bon, on oublie, on revient à Lio !"» Depuis sa séparation d'avec Mylène, Bertrand s'occupait, on s'en souvient, des intérêts de l'interprète de Banana Split. [...] Entre excès, échecs professionnels et dépression, le cœur n'y était plus.

MANIAQUE DU CONTRÔLE

La star accorde [...] deux longs entretiens à la presse écrite : Vogue et Elle, grâce au photographe des vedettes, Jean-Marie Périer, dont elle a fait la connaissance quelques années plus tôt à Los Angeles. Cette rencontre, le fils du célèbre acteur François Périer s'en souvient comme d'un moment privilégié : «Elle m'avait prévenu d'emblée : "J'ai horreur de poser pour des photos, et lorsqu'il y a un appareil, je deviens un peu parano." En fait, dans la vie, elle est complètement différente.»8 Le jour dit, Périer et Farmer se retrouvent dans un studio parisien. [...] «On fait une première photo, je la sors du châssis et la lui tends. Mylène pose l'épreuve sur une table et se penche pour la regarder de près. À ma grande surprise, elle reste dans cette position quatre bonnes minutes, sans dire un mot. Nul n'ose parler. J'ai l'impression d'avoir 12 ans et de passer un examen de dissertation devant un professeur pointilleux. Puis elle se relève en dodelinant de la tête et dit doucement : "Non." Et elle déchire la photo. Ce manège se reproduit une quinzaine de fois, sans agressivité aucune. Elle n'accuse personne. À l'entendre, je ne suis coupable de rien. Simplement, c'est "Non !"».

Rien qu'en 2001, Alizée, la jeune protégée de la star, rapporte au couple Boutonnat-Farmer la somme de 5 390 500 euros

LE JACKPOT ALIZÉE

En France et à l'étranger, le lancement de la jeune Corse s'accompagne de la même stratégie marketing parfaitement huilée : seules neuf photos envoyées aux médias, et aucun passage télé ni aucune interview avant plusieurs mois. Le but est clair : créer l'attente, la demande avant même la sortie d'un premier album. Ce sera bientôt chose faite avec «Gourmandises», offert au public en novembre 2000. Sur des musiques de Boutonnat, Farmer signe des textes qui abordent de nombreux thèmes touchant à l'adolescence : les rêves, l'amour, l'inquiétude de l'avenir, l'émancipation, etc. Histoires vécues, à en croire l'apprentie star : «Je me suis confiée à Mylène comme je l'aurais fait avec ma meilleure amie.» De son côté, Farmer surenchérit : «Je suis fière d'elle.» La star a toutes les raisons de se sentir satisfaite de la prestation de son élève, car le succès est à nouveau au rendez-vous : au fil des mois, plus de 800 000 copies vendues. [...] Un véritable pactole pour les mentors et leur cascade de sociétés9. Au titre de l'exercice 2001, Requiem Publishing, la firme productrice de Farmer-Boutonnat, propriétaire des marques Alizée et Moi Alizée, réalise ainsi un chiffre d'affaires de 5,3 millions d'euros «dû essentiellement à la production d'Alizée10», soulignent les deux cogérants dans un procès-verbal d'assemblée générale. Cette manne, ajoutée aux ventes de la compilation en coffret et en édition limitée de l'album «Les Mots» (700 000 exemplaires)11, et aux droits d'auteurs provenant de ses précédents disques, versés par la Sacem, permet à Farmer de devenir, cette même année, la chanteuse française la mieux rémunérée, avec un bénéfice de 10,4 millions d'euros.

LE PARI DE L'AMBITION

Au début de sa carrière, la jeune chanteuse - née, on s'en souvient, Gautier - déclarait à qui voulait l'entendre que Farmer était bien son véritable patronyme. Par jeu ou de crainte de se voir accoler l'image d'une petite fille de Français moyens, guère valorisante à ses yeux ? Nous n'en saurons pas davantage, puisqu'elle aura démontré jusqu'à ce jour une farouche volonté de ne rien dévoiler de ses origines : un père ingénieur, une mère ex-secrétaire administrative, elle-même fille de cultivateurs. Significative encore, cette allusion, dans le courrier qu'elle m'aura adressé en août 2004, rappelant que son père avait «participé à la direction de la société Coyne & Bellier». Une distorsion de la réalité, puisque nous savons que Max Gautier n'en fut, jusqu'à la fin de sa vie, qu'un des nombreux et excellents cadres. Mylène Farmer, pour sa part, a gagné son pari d'ascension sociale grâce à cette carrière exceptionnelle qui en a fait l'artiste féminine la plus riche de France.

(1) Éd. Fayard, 306 p, 19 €.

(2) Entretien avec Yolande Lebercque.

(3) Entretien avec le psychothérapeute, le 12 octobre 2004.

(4) Instant-Mag, juin 2004.

(5) VSD, 20 novembre 2003.

(6) Lettre de Mylène Farmer, 23 août 2004.

(7) Libération, 9 avril 1999.

(8) Courriel de Jean-Marie Périer, 7 septembre 2004.

(9) Mylène Farmer et Laurent Boutonnat ont créé en associé unique ou en cogérance les sociétés suivantes : Calliphora, Heathcliff, Requiem Publishing, Ryan Jones, Stuffed Monkey, Dichotomie, Innamoramento, SCI LB et SCI MF.

(10) Extrait du rapport de gestion de l'assemblée générale de Requiem Publishing, en date du 18 juin 2002.

(11) L'album dépassera en fait le million d'exemplaires.


INTERVIEW. "Ma fille s'est faite toute seule"

LA PREMIÈRE FAN. Le 11 août dernier, Marguerite Gautier, 76 ans, confie à Bernard Violet son admiration pour Mylène, sa fille.

VSD. Parlez-moi de son enfance au Québec...

Marguerite Gautier. J'avais 30 ans lorsque j'ai épousé Max, puis nous sommes partis nous installer près de Montréal. Son père a participé à la construction du plus grand barrage à voûtes multiples du monde, sur la rivière Manicouagan. Nous sommes restés six ans au Québec. Les trois aînés, Brigitte, Jean-Loup et Mylène sont tous allés à l'école Sainte-Marcelline, à une demi-douzaine de kilomètres de Pierrefonds, où nous résidions. Mylène est retournée là-bas et s'est fait photographier devant notre maison. Elle adore le Canada, la neige. Elle y retourne de temps en temps.

VSD. Quel regard portez-vous sur sa carrière ?

Marguerite Gautier. Lorsque Mylène a décidé de quitter le lycée, nous étions très fâchés. À l'époque, nous habitions à Chaville. Elle allait souvent dans un studio d'enregistrement avec des amis. C'est là qu'un jeune homme l'a repérée : Laurent Boutonnat. La première fois que je l'ai vue à la télé chanter Maman a tort, je me suis dit : « Ça fera un bide. » Pas du tout, ça a fait un tube, comme on dit. Depuis vingt ans déjà, Laurent et elle travaillent toujours la main dans la main.

VSD. Quelles relations entretenez-vous aujourd'hui avec votre fille ?

Marguerite Gautier. Elle vient souvent me voir. Je vais aussi de temps en temps chez elle à Paris. Elle s'est acheté une maison en Corse, près de Porto-Vecchio. Là, derrière moi, vous voyez son premier disque d'or. Un 45-tours. Je suis fière d'elle. Mylène s'est faite toute seule. Elle ne nous doit rien. J'espère qu'elle ne prendra pas mal ma conversation avec vous. Elle est très stricte sur le sujet. Et puis il y en a eu tellement de biographies et d'articles sur elle. Tous remplis d'erreurs !

Recueilli par Bernard Violet


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