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Marianne No. 320 - Semaine du 9 au 15 juin 2003




JOURNAL DE LA CULTURE

Conte. Mylène, on préfère tes chansons...

La chanteuse s'essaie au conte avec une grande douleur. Quel désenchantement !

Dès les premières pages de Lisa-Loup et le conteur (1), on comprend en quoi la magie de Mylène Farmer s'exerce exclusivement... dans les alchimies de la chanson. Son ambiguïté fait toute sa saveur : d'un côté les rythmes disco allégés, les couleurs de voix suavement harmonisées, quelque chose de festif et de dansant ; de l'autre cette inspiration sulfureuse qui s'aventure dans le registre de l'érotisme, de la mort, de la folie, dans des chansons comme Libertine, Pourvu qu'elles soient douces ou Désenchantée... Dissociées l'une de l'autre, les paroles sembleraient plates, la musique semblerait pauvre, mais le mélange fonctionne à merveille.

Dans sa biographie de la chanteuse, Jean-Claude Perrier (2) montre bien en quoi le succès de cette artiste ne réside pas seulement dans l'art de se cacher (au moins, on ne la voit jamais dans les insupportables rassemblements de chanteurs humanitaires !), dans les légendes, dans le culte entretenu par une pléiade de magazines et de sites Internet. Il existe aussi un talent de Mylène Farmer liée à cet agencement des mots et des sons. Mais force est de reconnaître que cette légèreté mélancolique ne fonctionne plus lorsque Mylène oublie le refrain et veut faire l'écrivain. Dans son livre - sorte de conte pour adultes -, elle prend des manières de philosophe New Age pour nous enseigner que les grandes personnes ressemblent à des enfants. C'est un Petit Prince déjanté et mal écrit, où l'on sent passer quelques leçons sur la vie qui ne veulent rien dire, quelques élans de poète adolescent, se complaisant dans de mauvais jeux de mots et des symboles lourdingues. Des dessins assez sinistres - également de la chanteuse - accompagnent le texte et soulignent son inspiration toujours sombre où il est beaucoup question de mort et de psychiatrie. Mais, sans la légèreté kitsch des musiques de Laurent Boutonnat, sans la délicieuse contradiction que ses chatouillements musicaux apportent à cette littérature, les textes tombent à plat. Malgré le succès obtenu par ce livre - contrairement au bide cinématographique de la chanteuse, avec Giorgino en 1994 - peut-être vaut-il mieux en rester aux chansons et continuer à observer avec distance l'incroyable religion des fans qui se réunissent dans des soirées Mylène Farmer, dont on retrouve un écho amusant dans l'essai de Jean-Claude Perrier.

Benoît Duteurtre

(1) éd. Anne Carrière, 25 €.

(2) Mylène Farmer, au cœur du mythe, Bartillat, 13 €.

 


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