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Le Figaro Magazine No. 18280 - Samedi 17 mai 2003


Mylène

et Farmer

Lisa-Loup et le conteur

   Conte

   De Mylène Farmer.

 

Mylène Farmer signe un conte de fées pour adultes illustré par ses soins.



C'était en 1984 et il n'y en avait que pour les brunes telles Jeanne Mas, coiffée au sécateur, ou Lio, qui ne comptait pas pour une prune. A la radio, une voix chantait Maman a tort, et ça sentait déjà l'asile. Dans un essai dont la concision et la limpidité plairont aux fans, Jean-Claude Perrier * rappelle que Mylène Gauthier, née en 1961 au Québec, de parents français, s'est choisi le pseudonyme de Farmer en hommage à une actrice d'avant-guerre, Frances Farmer, qui passa d'Hollywood à l'hôpital psychiatrique. Après dix albums et cinq DVD de clips, Mylène Farmer n'est pas internée. Il n'y a pas de raison. Ses fans la gobent comme un anxyolytique mystico-sexuel, mais c'est, en vérité, une femme plutôt saine et sage. Elle abhorre les philistins du show-bizz. Elle cultive l'absence quand il n'y a plus que les fous qui sortent dans la rue. C'est une princesse dans sa tour de mots, enchaînée à Edgar Poe et à Paulo Coelho. Comme toutes les mystiques, elle a fait du secret une forme d'exhibitionnisme. A ceux qui lui reprochent son business autiste, on répondra que l'argent n'a jamais été une tare. On l'écoutait ou pas, on la lira ou pas. Elle vient d'écrire et d'illustrer un conte, Lisa-Loup et le conteur. Il cartonne en librairie, mais il faut s'accrocher. Cette histoire de petite fille qui s'ennuie et qui voudrait qu'on lui raconte des histoires n'est pas vraiment destinée aux enfants, même si l'on y rencontre un « petit garçon tout plat », « un lapin élancé, une araignée gênée et un ver solitaire ». Incontinente et mutine, Farmer enfile les mots, les rimes, les perles au petit bonheur de l'angoisse. C'est pétulant et gênant. Hanté et gonflant. Mylène et Farmer. Dieu et son fils (« Jésulle-Jesticule ») en prennent gentiment pour leur grade, ils en ont vu d'autres ; la démonologie et les blasphèmes de dame Farmer ne méritent pas la fessée. En 2001, dans son duo avec Seal, elle chantait « les mots sont nos vins ». Là, elle semble bien bourrée. Mais qu'importe le flacon, quand au détour d'une page, on dirait du Baudelaire de variétés, « la mort jalouse la paix des vivants ».

Jean-Marc Parisis

* Mylène Farmer. Au cœur du mythe, Editions Bartillat, 151 p. 13 €.

Editions Anne Carrière, 25 €.



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